mercredi 8 avril 2026

Peut-être...

 Il arrive un moment où la plume et le pinceau deviennent des objets anecdotiques.

Non pas parce que les mots manquent, ou l'inspiration du trait se tarie, mais parce que le monde semble ne plus les attendre. Trente années à écrire, à dessiner, à tendre la main vers quelque chose d’invisible, une transmission fragile, une vibration, peut-être… une recherche de beauté presque honteuse tant elle paraît futile face au vacarme du monde. Trente années à croire que le geste patient d’un auteur pouvait encore déposer une trace douce d’émotion.

Et puis vient cette question, presque douloureuse : à quoi cela sert-il ?

On croit souvent que l’écriture sert à réussir, à être reconnu, à laisser son nom. Mais ceux qui écrivent depuis longtemps savent une chose essentielle : on n’écrit pas pour gagner quelque chose. On écrit ou on dessine parce qu’on ne sait pas faire autrement.

L’auteur n’est pas utile au monde comme l’est un ingénieur ou un médecin. Il s’adresse à ce qui ne se mesure pas : la mémoire, la sensibilité, la part humaine qui survit même quand les civilisations, comme aujourd’hui, s’écroulent.

Peut-être que transmettre une vision du beau n’a jamais été une ambition, mais une forme de résistance silencieuse. Car écrire, dessiner, ce n’est pas sauver le monde. C’est empêcher qu’il devienne, peut-être, entièrement inhabitable.

Peut-être que l’écriture, le dessin, ne sont pas destinés au monde. Peut-être qu’ils sont destinés à maintenir celui qui pose des mots ou des traits vivant, et, parfois, à maintenir vivant quelqu’un d’autre que vous ne rencontrerez jamais.

Que de peut-être...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire